« Non mais tu as tes règles ou quoi ? »

« Non mais tu as tes règles ou quoi ? »

Alors déjà, tais-toi et laisse-moi être énervé.e. Si je le suis, c’est qu’il y a une bonne raison, et ce ne sont pas mes hormones qui dirigent mon énervement. Ne discrédite pas mes émotions en sous-entendant qu’elles sont dues à mon cycle menstruel. 

 

Ensuite, si tu veux être vraiment précis.e, c’est avant les règles que les personnes réglées sont les plus émotives, lors du SPM ou syndrome prémenstruel. C’est de ce syndrome dont on va parler aujourd’hui.

 

Comme on l’a expliqué dans cet article, différentes hormones varient et fluctuent au cours du cycle menstruel et ce sont ces variations qui provoquent les saignements, l’épaississement de l’endomètre, l’ovulation… Et ces changements hormonaux sont également à l’origine de la période toute particulière du SPM, durant de 2 à 7 jours juste avant les règles. Le SPM englobe l’ensemble des symptômes qui adviennent à cette période pour s’atténuer ensuite à l’arrivée des règles.

 

Les symptômes du SPM 

Vous l’avez déjà peut-être vous-même expérimenté, le SPM peut se manifester sous des formes diverses et variées. Cela englobe à la fois des symptômes physiques et psychologiques. 

Du côté du corps, la personne menstruée peut ressentir bouffées de chaleur, constipation ou diarrhée, maux de dos, fatigue prononcée, modification de la libido, perturbation de l’appétit, crampes abdominales ou encore douleurs musculaires. De l’acné peut aussi se manifester durant cette période. Ces symptômes physiques peuvent réellement affecter la vie quotidienne : imaginez, tous les mois, subir des douleurs qui vous clouent au lit et vous empêchent de poursuivre vos activités habituelles.

 

Ces symptômes physiques peuvent donc avoir un fort retentissement sur le moral. En plus de cet impact, le SPM provoque des symptômes psychologiques. On peut citer par exemple l’irritabilité, une hausse de l’anxiété, des difficultés à se concentrer, une humeur changeante, une hypersensibilité, un manque d’énergie ou un sentiment de déprime. Ces symptômes, liés aux changements hormonaux, expliquent peut-être pourquoi, quand une femme s’énerve, on la ramène à ses règles (ce qui est excessivement irrespectueux). 

 

Le compte Instagram @spmtamere rassemble des centaines de témoignages, dessinant un portrait polyphonique de ce qu’un SPM difficile et envahissant peut être au quotidien. On peut y lire des témoignages tels que ceux-ci : « mon SPM en une phrase : me rendre détestable puis pleurer parce qu’on me déteste » ou « perso ça se traduit par des douleurs qui me scient en deux et mon mec prend très cher, j’ai envie de le buter, puis je pleure d’être une mauvaise personne, puis je m’énerve contre lui parce qu’il comprend pourquoi je pleure ». On entend que les symptômes physiques et psychologiques se mêlent ensemble pour faire de cette période un moment invivable. Par ailleurs, ce compte a obtenu tous les financements nécessaires pour sortir son documentaire sur le SPM (qui devrait arriver prochainement), alors allez le suivre !

 

Le trouble dysphorique prémenstruel

Chez certaines femmes, le SPM se présente sous une forme beaucoup plus sévère, s’approchant d’un épisode dépressif : c’est le trouble dysphorique prémenstruel. Environ 3 à 8% des personnes menstruées seraient touchées.

Le trouble dysphorique prémenstruel, ou TDPM, se manifeste par des symptômes similaires à ceux du SPM, mais de manière beaucoup plus intense : humeur dépressive, anxiété, labilité émotionnelle, diminution de l’intérêt pour les activités de la vie quotidienne. On parle de TDPM dès que les symptômes liés aux changements hormonaux empêchent de poursuivre sa vie quotidienne normalement. 

Aucune cause précise n’a été définie pour expliquer pourquoi certaines femmes sont touchées par cette forme sévère. Toutefois, deux hypothèses ont été avancées : il pourrait s’agir d’une hypersensibilité aux variations hormonales ou d’un manque de sérotonine. Ces hypothèses ouvrent la voie à différentes solutions thérapeutiques. Pour F. Bianchi-Demicheli, « les SSRI [un type précis d’antidépresseurs] représentent actuellement le traitement de choix si des modifications de l’hygiène de vie et alimentaires ne suffisent pas. L’administration de traitements hormonaux devant être limitée à de rares cas. L’association d’une psychothérapie est utile dans la plupart des cas et elle peut être même résolutive dans quelques situations ».

 

Des pistes de traitement

Il n’est pas possible de soigner le SPM ou le TDPM, mais certaines solutions peuvent atténuer les symptômes désagréables et dérangeants. Des modifications dans l’hygiène de vie et du régime alimentaire peuvent rendre les symptômes plus agréables, comme la réduction des apports en sel et sucre, ainsi qu’en alcool et en caféine. Egalement, des apports complémentaires de calcium et de magnésium peuvent aider.

Par ailleurs, pratiquer une activité physique adaptée peut soulager les douleurs. Il existe par exemple des positions de yoga qui soulagent particulièrement les crampes menstruelles (vous en trouverez dans cette vidéo) !

Enfin, si le cycle est régulier, adapter son emploi du temps en fonction du cycle, et par exemple éviter les rendez-vous importants durant le SPM, peut être une solution pour éviter que les symptômes désagréables interfèrent trop avec la vie quotidienne. Comme souvent dans les questions de menstruations, c’est la connaissance de son corps et de son cycle qui peut rendre les choses plus faciles à vivre, en permettant de s’y préparer et s’y adapter en amont.

 

Auteure: Juliette Chevet